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Pour une éthique politique
Les élections municipales et cantonales ont eu lieu. Les résultats sont là, dont acte. Les élections sont un moment pour permettre des choix qui vont mandater des personnes pour des fonctions politiques au service du bien commun. A La Réunion, l’on parle de plus en plus en termes de projets pour l’ensemble de la population. Il y a notamment le « PR2D », « Réunion île verte », « Réunion 2030 »… et d’autres encore. Les projets peuvent donc être divers. On peut aussi avoir diverses conceptions d’un même projet et pour un même projet, on peut concevoir diverses approches avec des moyens qui ne seront pas les mêmes.
Cela montre que les groupes de base, les cercles de pensée, les associations ont un rôle à jouer pour enrichir les débats. Les partis politiques ont une place comme instances de réflexion, de propositions d’actions, de stratégies pour faire aboutir des projets, pour les réajustements de stratégies. Les partis politiques sont donc nécessaires pour une vie démocratique qui a besoin de confrontation de projets dans la clarté. Prétendre le contraire et dire maintenant que les différences politiques ne comptent plus et que l’essentiel, c’est de se mettre d’accord pour gouverner ensemble, c’est brouiller les cartes et mettre en avant le principe que « en politique, c’est le résultat qui compte ». C’est oublier que dans la vie « la fin ne justifie pas les moyens ».
Une saine démocratie ne peut être régie par une pensée unique. Elle a besoin d’affrontements politiques dans la clarté de positions, de dialogue à l’intérieur de chaque famille politique, de respect de la parole donnée à tous les niveaux. L’idéal est de parvenir à des groupes stables, à une majorité solidement constituée qui, alors, serait capable d’ouverture bénéfique avec l’opposition. Il y a moyen ensuite d’établir un code de bonne conduite qui renforcera l’esprit civique. Le brouillage des cartes efface les jalons de la citoyenneté responsable. Il contribue à fragiliser encore plus une société civile qui perd ses repères : des groupes pourront demander à leurs élus tout et son contraire. Or, la fonction politique ne consiste pas seulement à gérer mais aussi à arbitrer et à prendre des décisions en fonction du bien commun.
Evidemment, en vue de constituer une majorité de gouvernement, dans telle ou telle collectivité, des alliances politiques sont envisageables et même souhaitables dans certains cas. Si ce projet ou cette hypothèse est présenté aux électeurs avant les élections, les choses sont claires. Les électeurs savent comment cela va se passer parce que dans le contrat moral établi entre l’électeur et l’élu, dès le départ, il a été prévu une alliance ou une ouverture avec tel autre groupe ou tel autre parti. C’est inscrit dans le programme du candidat. L’électorat informé avalise cette option. Dans le cas contraire, si le ou les candidats, après leur élection, décident par opportunité ou intérêt, de s’allier à des courants ou partis politiques qui ont présenté des idées et des projets opposés aux leurs, il y a non seulement incohérence, mais rupture de contrat moral. Si nous voulons que la politique réussisse, il lui faut une éthique.
Le déroulement des opérations électorales se passe correctement aujourd’hui. Nous avons les résultats pratiquement en temps réel. Mais il y a encore beaucoup de progrès à faire dans le déroulement des campagnes électorales pour le respect de la dignité humaine et de la liberté de tous les citoyens ainsi que de tous les candidats. Pour aider le personnel politique de notre île à franchir une nouvelle étape, il faudra ajouter de nouvelles questions aux futurs candidats pour des réponses publiques : Avec qui pensez-vous faire alliance pour participer au pouvoir ou gouverner ?Comment voyez-vous vos relations politiques avec les autres acteurs politiques en fonction des échéances électorales à venir (sénatoriales, européennes, régionales, cantonales) ?Comment envisagez-vous le perfectionnement de vos compétences pour mieux répondre à votre mission ?
Enfin, nul n’a le monopole de la « conscience réunionnaise ». Tous ceux qui vivent sur cette île sont – ou peuvent devenir – Réunionnais par un effort d’intégration et de construction d’une même « communauté de destin ». Nous sommes de partis politiques différents ou sans parti, de religions différentes ou sans religion, agnostiques ou athées. Mais, fondamentalement, nous sommes des êtres humains capables de nous accepter différents, de nous respecter, de nous remettre en cause et de rechercher, dans le respect des uns et des autres, ce qui rendra la vie possible pour tous. Ce sera alors un véritable progrès qui ouvrira La Réunion à l’avenir.
Saint-Denis, le 26 mars 2008 Pour la Commission Justice et Paix,Le Président, Mgr Gilbert AUBRYLe Secrétaire adjoint, Fr. Rémy BERGERET
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